Philosophie de bistrot

C’était mieux avant: aujourd’hui les mails

L’autre jour en faisant semblant de ranger une armoire pleine de trucs indispensables à mes yeux et encombrants selon ma tendre épouse, je suis tombé sur un vieux classeur bourré de lettres. C’était en grande partie une correspondance que j’ai maintenu pendant plusieurs années avec une camarade de classe, dont j’avais été, faut-il l’avouer, éperdument amoureux durant mes années boutonneuses (bon,  soyons honnêtes, je n’étais pas boutonneux et heureusement, parce que c’était déjà assez difficile comme ça).

Je me souviens même, que je lui avais dédié plusieurs poèmes enflammés et passionnés, dont la qualité littéraire n’aurait même pas arraché une larme d’émotion à ma propre mère. Mais, qui avaient fait bien rire, à mes dépends, un wagon entier de voyageurs dans un train régional (y pas à dire, l’adolescence c’est trash). Mais revenons à nos lettres, en les relisant je me suis rendu compte que cela fait une éternité que je n’en ai écrit plus. Je tape des mails. Rien d’original, tout le monde sait que les mails ont tué le facteur. Je suis d’accord. Mais cela mérite néanmoins une petite réflexion, c’est dimanche matin, pas d’enfants ou femme à l’horizon (ils sont au ski), pas de match de rugby non plus, c’est le moment idéal pour faire une peu de philosophie de bistrot.

Pour mon travaille j’écris beaucoup, et là chose étonnante je commence toujours par écrire sur du papier. Tout le processus « créatif », désolé pour utiliser des gros mots, se fait avec ma plume à encre et du papier. Je peux ainsi noircir plusieurs pages d’idées ou de conneries, c’est selon. Par contre quand j’écris sur mon blog, c’est direct sur l’ordinateur. Je dois être un romantique incorrigible (cf. plus haut), mais j’ai la sensation que le fait de ne plus passer par le papier tue l’âme d’un texte. Pas que j’ai une quelconque prétention avec ce blog, mais force est de constater qu’il est plus facile d’étaler des lignes et de lignes de texte en frappant sur un clavier, que noircir des pages à la force du poigné.

Je suis même persuadé qu’une même lettre envoyée par courrier ordinaire est émotivement plus forte  que son clone électronique. A force de pouvoir envoyer des messages qui sont instantanés, Mails, SMS ou Messenger le texte devient comme un vin de tétra bric. Il n’a pas le temps de prendre du corps, de développer ses nuances, sa force. Le texte est devenu un produit de consommation rapide, de lire et jeter. La correspondance a perdu son identité, plus de calligraphie, plus de papier à lettre, tout est en Arial (et si votre correspondant vous veut vraiment du mal, en Comic Sans). On peut ainsi passer d’un mail vous promettant d’élargir de 10[cm] votre pénis à un autre vous apprenant le décès d’une connaissance. Tout cela dans le même format, sur le même écran.

Je regrette le contact avec le papier, oui décidément je dois vraiment être un romantique incorrigible.

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4 Commentaires Laisser un commentaire ↓

  1. Tof
    23. fév, 2009 a 0:47 #

    C’est une réflexion et des interrogations que je me fais souvent aussi, parce que c’est vrai que le clavier n’est pas le papier, mais je ne suis jamais arrivé à une conclusion bien claire sur l’utilisation de l’un ou l’autre.
    Personnellement je pense que j’ai autant de réflexion en tapant sur le clavier, voire plus, que lorsque j’écris sur papier parce que je me peux me foutre de la forme, ne m’occupant que du fond. En écriture papier c’est plus laborieux parce que si la forme n’est pas bonne tu dois raturer et refaire tes lignes, c’est long et moche. Sur l’écran tu poses tes idées en vrac puis tu les réorganises plus facilement.
    En fait je crois que je ne garde le papier que pour une seule raison: lorsque je dois prendre des notes concernant des objets dont je dois me souvenir (sauf les rdv), notamment si j’assiste à des présentations ou des cours. Je crois que l’écriture manuelle me fait simplement mémoriser plus facilement. D’ailleurs je retourne rarement à mes notes manuscrites et il ne m’arrive que très rarement de les remettre au propre dans un fichier, et souvent c’est parce qu’il y avait beaucoup de matière et que je dois les réassembler encore une fois pour les comprendre.
    Ca rejoint aussi le débat de savoir quand est-ce qu’on a besoin d’un support papier plutôt qu’un écran pour la lecture.

  2. Alias
    23. fév, 2009 a 10:10 #

    Perso, j’ai tellement l’habitude de taper au clavier que j’ai même du mal à écrire sur papier quand je dois.

    Le support physique, c’est également pour moi un support uniquement pour de la prise de notes: mes idées sont souvent trop bordéliques pour que je les écrives au propre sur papier.

    Le défaut est que, parfois, elles sont tellement bordéliques que la tâche de le mettre au propre passe obligatoirement par le stade « taper tout en vrac », suivi par « imprimer la bazar » et « tonne de corrections au stylo rouge.

  3. Monsieur Poulet
    23. fév, 2009 a 12:10 #

    Cela fait toujours plaisir de pas être tout seul à faire de la philosophie de comptoir! En lisant vos deux commentaires, j’arrive à la conclusion que moi j’ai besoin de la « discipline » qu’oblige le papier, l’écran me laissant toujours l’option « je verrais cela plus tard » et ce n’est jamais bon de laisser quelque chose pour plus tard… surtout dans mon cas!

    PS: Alias comment as-tu configuré ton avatar. Moi j’en ai un sur Gravatar mais pas moyen que celui-ci apparaisse… dans le moindre blog…

    PS2: Il suffit que j’en parle pour que cela marche… pfffffff

  4. Higapéon
    02. mar, 2009 a 14:43 #

    Ayant toujours écrit comme un cochon (imaginez un cochon gaucher.), je béni l’invention de l’email.

    On a longtemps pesté contre mon écriture, que ce soit ma famille, mes amis, mes profs, bref, tout le monde.
    Etant gaucher, je fais aussi beaucoup plus facilement des fautes à l’écrit qu’en tapant sur un clavier (le bras venant cacher le mot que je suis en train d écrire, je ne sais plus ou j’en suis, ça m’a joué des tours. Et non, je me déboiterais pas l’épaule juste pour écrire correctement).

    Le mail n’est dépersonnalisé que parce qu’on le considère comme tel. Essaye d’envoyer tes mails perso avec une police calligraphiée, sur un fond HTML style papier jauni, et voila, plus de point commun avec le faire part de décès.

    Je pense que le problème, ce n’est absolument pas le support, mais l’utilisateur, qui en soit est un gros flemmard.

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